ECODEV

Guinée Conakry

 

Comprendre la situation aujourd'hui - Expression libre

 

Un peu d'histoire et de géographie

La République de Guinée est un étrange paradoxe .
La nature l’a très bien doté : un peuple attachant et travailleur , un sol fécond et très bien arrosé c’est le «  Château de l’Afrique de l’Ouest  » , où tout pousse facilement et abondamment , un sous-sol regorgeant de minerais recherchés : bauxite , fer, or , diamants etc… c’est un «  Scandale géologique » . Pour Roland PRE, Gouverneur de la Guinée française de 1948 à 1951 :
«  …Ses incroyables richesses naturelles : mines , énergie hydroélectrique , lui permettent de mettre sur pied , immédiatement des exploitations minières et ultérieurement une grande industrie lourde , base de toute activité moderne grâce au  caractère exceptionnel des gisements guinéens, à proximité de la mer , le profil et le régime d’étiage de ses rivières faciles à équiper à peu de frais en centrales au fil de l’eau … » .
Parmi les premiers pays africain à recouvrer leur indépendance ( en 1958 ), la Guinée était promise à un bel avenir et avait les potentialités d’un éclatante réussite . En 1978 , Félix Houphouët BOIGNY confiait à Béchir Ben Yahmed : «  Si on pouvait changer de pays , je prendrais la Guinée : elle a beaucoup plus de richesses  que la Côte d’Ivoire et se développerait dix fois plus vite  » .
Joyau en puissance de l’Afrique de l’ouest en 1959 , la Guinée en est aujourd’hui , cinquante ans après , la lanterne rouge . Cette triste performance s’explique par un demi-siècle de sanglantes dictatures et de mauvaise gouvernance . Un petit rappel historique :
Comme entité territoriale spécifique existant dans ses frontières actuelle la Guinée a à peine 100 ans car , les résistances des populations locales se sont poursuivies jusqu’en 1912 . La période coloniale aura duré une cinquantaine d’années.
A partir 1958 date de l’indépendance , la Guinée est désormais aux Guinéens .

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La première République - Période de Sékou Toure

. . . Le Premier président , Sékou Touré , jeune syndicaliste a séduit les guinéens en flatant leur orgueil par une apostrophe devenue célèbre : «  nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage  » . Et , aussitôt après ,il leur a infligé 26 ans durant une dictature à visages multiples qui a étouffé la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance , a confisqué toutes les libertés fondamentales , ensserré les populations dans un vaste réseaux de polices occultes et parallèles, arrêté , emprisonné et liquidé des milliers de paysans , d’ouvriers , d’intellectuels et de cadres …
Pendant cette période , les guinéens ont mené une existence infernale : affamés , déguenillés , sans même un morceau de percale pour ensevelir leur mort . Chacun suspectait  et se méfiait  de l’autre : le mari de sa femme, le père du fils, le voisin de son voisin …
Cette période est celle dite du «  complot permanent  » car pratiquement chaque année il y’avait un soi-disant complot d’Etat accompagné de purges  staliniennes .
A sa mort , les guinéens avaient été formatés par une immense fierté qui les a rendu sourds et aveugles  , par un système dépersonnalisant qui hypothèquera leur avenir et détruira leur vie car , le régime survivra à son fondateur tant dans la réthorique que dans la symbolique .
A la disparition de Sékou Touré ( 26 mars 1984 ) les guinéens héritèrent d’un Général ( ex-sergent de l’Armée coloniale ) du nom de Lansana Conté qui leur imposa à son tour et jusqu’à sa mort une dictature moins sanglante mais tout aussi lamentable . Ce coup d’état militaire a orienté différemment le cours de l’histoire .Le nouveau régime fit un serment solennel de respecter les Droits de l’Homme , de créer les bases d’une démocratie véritable , évitant à l’avenir toute dictature personnelle .


La deuxième République - Période Lansana CONTE

Dès sa prise de pouvoir ,le nouveau régime fut confronté à trois grands axes
- Axe 1 : La reconstruction économique du pays ,
- Axe 2 : La réhabilitation des secteurs de l’Education et de la Santé ,
- Axe 3 :  La réinsertion des guinéens de l’extérieur estimés à plus de trois millions .

La reconstruction économique et financière s’est inscrite dans le cadre d’un libéralisme économique total ,  une option clairement affirmée . Elle a marquée du jour au lendemain un changement radical dans les choix de politique économique et a vu le lancement des multiples plans d’ajustement structurel imposés par le FMI , la Banque Mondiale avec le concours financier de plusieurs Bailleurs dont la France .
Ce furent , des traitements de choc qui visaient à accroître la mobilisation des ressources intérieures , à libéraliser l’économie en réduisant le poids de l’Etat , à promouvoir le secteur privé afin qu’il assure la relève de l’Etat dans les secteurs concurrentiels non stratégiques . Comme presque toujours dans les pays qui ont suivi les recommandations des Institutions de Bretton Wood , il a fallut procéder à une reformulation complète de la politique monétaire et bancaire ( fermeture de toutes les banques et leur remplacement par de nouvelles Banques étrangères principalement françaises ) . A la restructuration et la privatisation de la quasi-totalité des Entreprises publiques industrielles et commerciales dont le nombre est passé de 180 à moins de 10 .
Ces mesures étaient accompagnées d’une réforme administrative et d’une réduction drastique des effectifs de la Fonction publique  .
Les mesures prises et les réformes structurelles , furent d’une ampleur et d’une diversité unique en Afrique .
Les résultats de ces réformes ont été inégaux et marqués par des déficits budgétaires faramineux , une corruption à tous les niveaux ,l’apparition des narco-trafiquants, la course effrénée vers le « Dieu Argent  » ; mais aussi ,  la mise en place d’une politique de décentralisation , les premières élections pluralistes , des projets sectoriels importants dans les domaines de l’Education , de la Santé , du Développement rural …
D’une manière générale , a la phase de dictature totalitaire a succédé une période qualifiée par l’Episcopat de Guinée de : «  Libéralisme sauvage et vide de contenu doctrinal en matière d’orientation politique précise , cohérente et globale où les comportements engendrés par cette liberté débridée et pressée de rattraper le temps perdu n’ont pas préparé un terrain propice pour bâtir une culture de la raison , de la loi … du travail , de la dignité et de la solidarité  »

L'arrivée au pouvoir de Dadis CAMARA

. .   Aussi , c’est sans surprise qu’à la mort du Général qu’une junte militaire formée d’officiers , de sous-officiers et de soldats incontrôlables et incontrôlés se sont emparés du pouvoir le23 décembre der nier. Au cours des étapes initiales de la transition les guinéens ont accepté de croire en la bonne foi de la junte en se basant sur un cadre convenu qui incluait la création d’un Conseil National de Transition ( CNT ) et la non candidature des membres de la Junte militaire et d’un membre du Gouvernement à l’ élection présidentielle qui était prévue en Janvier 2010. Mais aussi , de lutter contre les narco-trafiquants et d’enrailler la corruption entre autre .
Mais ,dès sa prise de pouvoir , l’Armée renforce son emprise sur les institutions de l’Etat , militarise l’Administration publique , utilise les ressources de l’Etat pour mettre en place des groupes de soutien à travers tout le pays et forme des milices ethniques ,  marquant ainsi sa forte détermination à se maintenir au pouvoir et celle de son Chef ( Moussa  Dadis CAMARA ) à se présenter à l’élection présidentielle . La tuerie du 28 septembre et les viols de nombreuses femmes ainsi que  l’arrestation de dirigeants politiques ont mis en évidence cette volonté , ainsi que les dangers que représentent le maintien des militaires au pouvoir pour la Guinée et la sous-région dont plusieurs états sont très fragiles.
Ces évènements tragiques soulignent la nécessité de mettre au point une stratégie de départ pour la Junte afin de préserver la transition démocratique et d’établir les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et équitables .
Tel ne semble pas être la trajectoire suivie aujourd’hui . La descente aux enfers n’en finit pas et cette fois le pays est aux bords de l’implosion . Les Forces Vives   , c’est dix chefs de partis rivaux qui ne se distinguent l’un de l’autre que par la dominante ethnique et dont aucun ne représente la nation guinéenne dans son ensemble .Presque tous ont appelé de leurs vœux et accueilli avec ferveur une «  transition militaire » . Militaire certainement ; Transition , rien n’est moins sûr vu la première synthèse proposée par Blaise Compaoré chargé par la CEDEAO de la médiation entre les Forces vives et la Junte .  Mais plus inquiétants , sont les divisions au sein de l’Armée mises en évidence par le récent attentat à la vie du Chef de la Junte .


Continuer à croire et à aider la Guinée

Malgré tout , les partenaires africains et internationaux de la Guinée sont appelés à l’aider et ils doivent le faire . Mais la Guinée à aider , c’est aider qui ?
A Ecodev ,nous pensons que la population, notamment , ses couches les plus vulnérables , à savoir les femmes et les jeunes de Guinée ne doivent pas être abandonnées . Bien au contraire !
Aujourd’hui plus que jamais , la « Communauté internationale  »  , l’ensemble des partenaires de la Guinée  et tous les Hommes de bonne volonté doivent chacun à son niveau apporter  soutien et assistance . Depuis quelques années déjà , la Jeunesse guinéenne a franchi une étape fondamentale en passant de la «  défection à la prise de parole  » de la démission à l’action pour faire changer le cours de l’histoire guinéenne .
Grâce à nos partenaires nous apportons à notre modeste niveau aux côtés de cette population travailleuse et attachante notre petite pierre à l’édification d’une Guinée meilleure .
C’est à ce combat que nous vous invitons .

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