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 Débats



LE CODEVELOPPEMENT : LA CONTROVERSE

Co-développement escroquerie ou panacée ?

La France vient de se doter d’un Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement . Par ailleurs , le Gouvernement organisera au deuxième semestre 2008 une Conférence euro-africaine sur les migrations et le développement . Ces derniers temps , le codéveloppement suscite de très nombreux commentaires diamétralement opposés sur le web . Pour les uns c’est la panacée ,pour les autres , c’est un attrape gogos, un leurre , un syllogisme , voire même une escroquerie …

Une médiatisation qui cache les objectifs réels de ceux qui en parlent

De même, le concept , a été particulièrement médiatisé lors de la dernière élection présidentielle par des candidats aux opinions parfois radicalement différentes .
Le tout dépendant peut-être des finalités poursuivies :
  • instument de régulation des flux migratoires
  • encouragement à la mobilité des compétences ,
  • contrôle et gestion des flux financiers
  • aide à l’insertion des immigrants dans les pays d’accueil
  • accompagnement des migrants dans leurs projets de développement de leur pays d’origine
  • etc…
Sacré mélange des genres sur les vraies vertues de ce que pourrait être en réalité le concept du codéveloppement ;et un paradoxe pour un concept qui a le mérite d’être plutôt bien défini.


Le co développement ? De quoi parlons nous ?

« Toute action d’aide au développement, quelle qu’en soit la nature et quel que soit le secteur dans lequel elle est réalisée, à laquelle participe des migrants vivant en France, quelles que soient les modalités de cette participation… Le codéveloppement peut concerner aussi bien les immigrés qui désirent retourner dans leur pays pour y créer une activité que ceux… qui, tout en étant durablement établis en France : soit sont disposés à investir dans leur pays d’origine pour y promouvoir des activités productives et y réaliser des projets sociaux… ;soit souhaitent faire profiter leur pays d’origine de leurs compétences, de leur savoir-faire et de leurs réseaux  » .

A l'origine, la prise de conscience du rôle des migrants

L’origine du concept réside dans la prise de conscience du rôle important joué par les migrants - depuis les années soixante - dans le développement de leur terre natale :
envoi massif de fonds .
En 2005 , 167 milliards de dollars selon la Banque Mondiale . Soit plus du double de l’aide publique au développement accordée à ces pays .
  • conception et mise en œuvre de projets sociaux ( construction d’écoles , de dispensaires , de ponts, de magasins collectifs …)
  • forte implication dans le développement local
  • initiation de relations de coopération décentralisée
  • mobilité des compétences ( programme Tokten piloté par les diasporas africaines à l’initiative de l’ONU )
  • etc…

Un concept bien plus large que le seul transfert de fonds privés

Ces différentes formes de participation des migrants au développement de leur pays d’origine ainsi que les difficultés à réguler les phénomènes migratoires ont amenés les décideurs européens à s’intéresser à cette question en y recherchant des bénéfices d’ordre économique, social et politique . Une tendance lourde quand ils parlent de codéveloppement est de se focaliser sur les impacts en matière de développement des pays d’origines, en particulier à partir des capacités financières des migrants en occultant sciemment ou pas le fait que ces fonds aussi volumineux soient-ils , sont des fonds privés.
Il est important de rappeler que le codéveloppement est un chantier auquel une grande diversité d’acteurs travaillaient depuis des décennies, particulièrement ceux issus des ONGs et des Associations de migrants .sans attendre qu’on débatte sur la nécessité de mettre en place des politiques y afférents . Déjà , des zones entières de pays en développement sont tenues à bout de bras par leur diaspora .
 

Le Co développement vu par ECODEV

  • Valoriser le rôle d'interface des migrants
De notre point de vue , il faudrait tout autant s’intéresser aux perspectives offertes dans les pays d’accueil en particulier en terme d’insertion. A cet effet , les projets de codéveloppement devraient d’avantage se focaliser sur un travail réalisé sur les deux territoires ( d’accueil et d’origine ) valorisant ainsi le rôle d’interface que les migrants peuvent jouer entre deux sociétés.
  • Faire appel aux migrants dans les programmes de coopération décentralisée
Plusieurs expériences montrent l’intérêt dans une relation de coopération décentralisée de faire appel à des migrants pour jouer un rôle de médiateurs, de relais entre les intervenants du Nord et du Sud . Quand ceux ne sont pas eux qui poussent une collectivité à se mettre en contact avec leur localité d’origine .
  • Une vision plus innovante du rôle des migrants
Cette vision du codéveloppement est certainement celle qui correspond le mieux avec la réalité . Elle est plus innovante. Avec une utilisation massive des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication , les migrants parviennent à maintenir à distance et à activer quotidiennement des relations de « proximité » .
Plus que jamais , ils sont présents et à même de jouer un rôle « ici et là-bas » . Des efforts significatifs doivent être réalisés pour que cette double appartenance , ce transnationnalisme puissent s’exprimer à travers les programmes s’articulant également sur plusieurs espaces.
  • Associer les migrants de la seconde génération
Davantage de perspectives sont également données aux migrants de la seconde génération qui n’entretiennent pas les mêmes liens avec «  le pays de papa et / ou de maman  » comme ils le disent très souvent . Ou , d’exercer des pressions trop fortes sur les migrants qui font d’autres choix .
  • Eviter les confusions 
Avant tout , il convient d'éviter toute confusion entre codéveloppement et développement en général .Il s’agit en particulier de le distinguer du développement local et de la coopération décentralisée . Le codéveloppement étant un bonus apporté par les migrants au développement local sous forme de financements et/ou par des interventions comme facilitateur dans des relations de coopération décentralisée . Tout en ne perdant pas de vue , qu’après un long séjour à l’étranger , il arrive que des migrants aient des difficultés à prendre en compte les évoluions sur le terrain ; c’est pourquoi , les populations locales et elles seules doivent être au centre des initiatives de développement.
  • Eviter l'opportunisme
Prendre garde aux tentatives opportunistes .Dès lors que des budgets d’appui seront mis en place , apparaîtront de nouveaux acteurs qui se positionneront en intermédiaire entre les migrants et les Bailleurs de fonds sans en avoir ni la légitimité ni les compétences . Tout comme apparaîtront des OSIM ( Organisations de Solidarité Issus des Migrants ) dont la création sera suscitée essentiellement par l’existence d’opportunités de financements avec tous les pièges et faiblesses tels que le positionnement d’acteurs , les détournement de fonds à des fins personnelles…

En conclusion, les migrants ont un rôle à jouer, laissons leur toute leur place.

Cependant , même si les migrants commettent des erreurs , même s’ils s’adonnent souvent à des dépenses ostentatoires , ils sont encore mieux placés que beaucoup d’autres acteurs pour contribuer à la conception et à la mise en place d’initiatives de développement dans leur terroir d’origine . Aux partenaires ( ONGs, Puissances publiques centralisées et décentralisées, Organisations bilatérales et multilatérales du développement ) de les accompagner en leur fournissant l’encadrement technique et les cofinancements nécessaires à la bonne préparation et exécution des projets .


C’est à cela que nous vous invitons .

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