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Les Débats

OMC La fin des Paysans



« si tu ne t'offusques pas de ce que l'on fait aux autres, un jour on te le fera »

Avant propos

La conférence de Hongkong, grand rendez-vous de l'OMC, qui a clôturé l'année 2005, a révélé au grand public les écarts des agricultures du monde. Il est vrai que plus que pour d'autres négociations de l'OMC, c'est l'agriculture, et sa libéralisation, qui était en première ligne. Très schématiquement, on peut dire que trois lignes, relativement incompatibles se sont affrontées :
  • La première, celle des pays riches, pays du Nord dirons-nous pour simplifier, dont les champions sont les USA et la France, entend poursuivre le soutien financier qu'elle apporte à son agriculture.
  • La seconde, représentée par le groupe de Cairn, rassemble les pays à fort potentiel agricole, tels le Brésil, l'Argentine, le Chili, l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada, tous vivant sous le règne de l'économie libérale. Pays souvent moins organisés que ceux de la première ligne, ils pensent pouvoir entrer dans la compétition généralisée, et tirer leur épingle du jeux, à condition que les pays du Nord réduisent, ou mieux, fassent disparaître les subventions à l'agriculture et autres organisations de marché.
  • La troisième s'exprime par la voix des ONG plus que par celle des pays. Elle défend le principe de la souveraineté alimentaire, c'est-à-dire, le droit et le devoir de chaque pays de produire les biens agricoles nécessaires pour nourrir sa population. Ce faisant sont défendus les pays pauvres, et quelques autres pays comme la Corée du Sud, qui veulent garder et développer leur capacité à produire des aliments de base, le riz pour ce qui est de notre exemple.


Réflexion : une vision libérale, schéma de l'agriculture industrielle


Les deux premières lignes professent une vision du monde libérale, à savoir qu'à l'échelle du globe, comme dans son quartier, les consommateurs ont intérêt à acheter là où les prix sont les plus bas. Elles prônent des productions de masse, soutenues par des intrants efficaces, quand bien même ils auraient des effets secondaires néfastes.

C'est le schéma de l'agriculture industrielle, pour lequel le pays le plus compétitif, pour un produit agricole donné, doit faire tous les efforts possibles pour occuper la place de leader et la défendre. Ainsi chaque pays pour ses approvisionnement s'adressera, à l'Espagne pour ses avocats ou à Israël, à l'Italie pour son huile d'olive, au Brésil et à l'Argentine pour le soja, à la France pour son lait, au Maroc pour ses tomates etc.. L'alimentation du monde provoquera un vaste courant d'échanges commerciaux sur toutes les mers, dans les airs, sur les routes et sur les voies ferrées.

Cette vision postule que lorsque des consommateurs achètent au meilleur prix, celui issu de la libre concurrence, la société gagne en efficacité.

Produire plus, quelles conséquences ?


 Malheureusement elle fait fi de la baisse inexorable que l'industrialisation provoque sur les matières premières qu'elle utilise et sur les biens qu'elle entreprend de produire en nombre toujours plus grand. Elle condamne chaque pays à payer, à échanger avec d'autres, des heures de travail contre des produits alimentaires, au même titre que pour les autres produits.
On comprend vite que les pays qui n'ont pas de travail au sens industriel du terme, et l'agriculture moderne correspond à ce sens, ou de ressources convoitées par les autres pays, quelque soient les raisons qui ont généré cette situation, devront se suffire de pas grand chose et supporter des famines cycliques.
Ce monde des échanges, qui est déjà en place, suppose l'interconnexion de toutes les économies. Il fait que la politique agricole commune, dont la disparition est plus ou moins programmée pour 2013, influe sur l'alimentation des paysans du monde. Plus encore, cette PAC prépare la société dont, si nous étions consultés, nous dirions avec force que nous ne voulons pas. 


Ainsi, une étude de la direction de la recherche du ministère de l'emploi (DARES) et du Commissariat Général du Plan (1) trace le panorama des métiers pour 2015. Elle prévoit « le repli des travailleurs indépendants dans l'agriculture, le petit commerce et l'artisanat ». Il y aura une agriculture compétitive, ce qui ne signifie pas forcément une agriculture de mise en valeur territoriale, mais il y aura de moins en moins d'agriculteurs. On pourrait presque dire que la politique qui augmente les difficultés des agriculteurs du Sud va augmenter les difficultés d'une partie des agriculteurs du Nord, un peu à la manière d'un feu de brousse qui délaisse les zones qu'il a brûlées pour courir là où il y a de la végétation sèche.


Dans ces conditions qu'est-ce que vouloir le développement des pays pauvres ?



La théorie à la base de cette organisation, celle qui justifie que les pays riches conduisent le monde dans cette voie, dont la clé de voûte est la concurrence pure et parfaite, (2) stipule que la poursuite des intérêts individuels conduit à la réalisation de l'intérêt général. La somme des transactions commerciales traduit donc l'optimum du bien-être général. La conclusion implicite tombe alors comme un couperet : plus il y a de transactions plus il y a de bien-être.

Affirmations chimériques


Pourtant la vie enseigne à tous que ces affirmations sont chimériques. Le public ne s'y trompe pas. Le succès du commerce équitable, celui des films comme Le Cauchemar de Darwin ou bien La Guerre des Cotons, celui encore des campagnes comme « le Poulet plume l'Afrique », prouvent qu'une majeure partie de la population n'adhère pas à ces théories, et même qu'elle les réprouve. 

Liberté de pensée


Mieux encore, les agriculteurs français se réveillent. La FNSEA (3) se rend compte que les sorts des agriculteurs français et des paysans du Sud sont liés, elle se rapproche du CFSI (4). Les agriculteurs français se permettent de rechercher une voie autre que celle que leur trace l'Union Européenne. Ils récupèrent un peu leur liberté de penser le monde que la PAC avait mise en sommeil.

Alors que nous savons la fin des carburants fossiles programmée, alors que nous connaissons les effets désastreux de nos émissions de CO2, il semble pour le moins contestable de poursuivre un projet de gouvernance globale qui accélère les transports à travers la planète. Pire, toutes les sociétés modernes clament leur désir de ne pas laisser de dette aux générations futures, et en tirent argument pour déconstruire patiemment les systèmes de solidarité qu'ils avaient construits dans la seconde moitié du 20ème siècle, alors qu'elles compromettent l'avenir de l'humanité entière par leur impéritie environnementale.

A un point tel qu'on peut se poser la question de savoir si l'avenir de nos enfants et petits enfants n'est pas dans leur discours, ce que sont les larmes de crocodile au chagrin. Tout se passe comme si le principal obstacle à la course au progrès était cette idée archaïque que les hommes se doivent mutuelle assistance.


(1) L'impact du départ des générations du baby-boom. Décembre 2005


(2) La concurrence pure et parfaite
La concurrence est pure si on a :
· Atomicité du marché : le nombre d'acheteurs et de vendeurs présents sur le marché est suffisamment élevé pour qu'aucun ne puissent influencer le prix d'équilibre.
· Homogénéité du produit : on fait l'hypothèse qu'il n'existe pas de différence entre les biens présentés par différents producteurs sur un même marché, ni entre les différents facteurs de production utilisés par les différents producteurs, de sorte que les acheteurs présents sur le marché sont indifférents à l'identité du vendeur. Le seul et unique signal sur le marché est le prix du bien.
La concurrence est parfaite si on a :
· Transparence du marché : l'information est parfaite en ce sens qu'elle est gratuite, complète et accessible par tous à tout moment.
· Libre circulation des facteurs de production.
· Libre circulation des agents. Pas de barrières à l'entrée, ni à la sortie des agents sur un marché.


(3) Fédération nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles.


(4) Comité Français de Solidarité Internationale



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